Échouer l’éducation de ses enfants

19 mars 2012 — 8 Commentaires

On vous avait déjà expliqué comment échouer sa vie de couple avec classe mais si par le plus grand des hasards, vous avez en plus réussi à enfanter, la clé du succès de l’échec réside dans une éducation bien bancale. Voici la recette. C’est cadeau.

C’est la grosse bataille dans le monde des parents en ce moment : les parents qui font tout pour être parfaits VS les parents qui font tout pour être indignes. C’est la nouvelle mode, d’ailleurs, face à l’Enfant-Roi : "moi, mes gosses, je m’en tape les roubignolles contre la commode". MAIS NOOOON.

Agissez avec classe, au moins. Faites le maximum pour rater avec brio l’éducation de vos mômes. De façon préméditée, bien sûr. Voici ma recette.

Nota bene 1 : que vous soyez déjà parent ou que vous comptiez l’être, cet article peut vous être utile. Prenez des notes et faites-le tourner à qui de droit.
Nota bene 2 : pour simplifier l’exercice, je parlerai de votre enfant au masculin. Non pas parce qu’il est impossible de crasher l’élevage d’une fille, mais juste pour que l’exercice d’écriture soit plus simple. Adaptez au féminin si vous avez une fille, faites preuve d’un peu d’initiative, nom de nom.

1/ Faites-en le centre du monde

C’est la base nécessaire pour en faire un petit con dès le plus jeune âge et un très très gros con quand il aura du poil aux pattes (ou des boobs sur le torse) : un ego surdimensionné et à qui personne n’aura appris à tourner sa langue 7 fois dans son melon avant de l’ouvrir.

Ne vivez plus que pour lui, ne sortez plus avec votre moitié s’il l’exige, couvrez-le de cadeaux sans raison particulière, et dont il se lassera au bout de dix minutes, laissez-le faire ce qu’il souhaite en toute circonstance.

Encouragez-le s’il tabasse ses camarades à l’école et engueulez devant lui tout adulte qui remettrait son attitude en cause. Avec ça, vous devriez en ériger une statue suffisamment haute pour qu’il s’écrabouille par terre comme un vieil étron une fois arrivé à l’âge adulte.

2/ Culpabilisez-le

On pourrait croire que la culpabilité n’est pas compatible avec la mise sur un piédestal et pourtant ! Le combo "mais tu es le plus fort mon chéri" et "regarde, comme tu manges pas ta purée, Papa va se couper les veines" risque fort d’en faire un spécimen psychiatrique adulé par toute la communauté psy dans quelques années (le Graal de tout parent ayant mis en oeuvre tant d’efforts pour échouer l’éducation de leur môme).

3/ Contredisez sa mère devant lui

Un enfant sans repère est un enfant perdu. Un enfant avec des repères diamétralement opposés est un futur névrosé. N’hésitez pas, en toutes circonstances, à contredire la figure maternelle, à la discréditer, à la moquer et surtout à expliciter clairement pourquoi vous n’êtes pas d’accord avec ses décisions. Petit conseil bonus : mettez une bonne beigne à la maman si elle a le malheur de protester. Devant les yeux perturbés de votre rejeton, bien sûr.

4/ Ancrez-le dans les clichés de genre les plus bateaux

Pour faire de vos enfants des ratés, les clichés et les modèles prédéfinis par la société sont vos amis. Appuyez-vous sur eux le plus possible et tracez le plus tôt possible des frontières bien délimitées avec le sexe opposé.

Vous avez un garçon ? Mettez-le dès le plus jeune âge devant une playlist d’Epic Meal Time en boucle, faites-lui apprendre les meilleures quotes de The Expendables et des cinq Fast & Furious, piquousez-le aux DVD de Bigard, expliquez-lui que les filles sont juste bonnes à faire à manger, faire des enfants etc. (si vous avez du mal à faire une liste, réveillez des millénaires d’éducation patriarcale, ça revient vite, vous verrez).

Faites-lui faire du foot et apprenez-lui à péter du tibia (un tibia de pupille, c’est friable), imposez-lui des séances où vous lui mettez des p’tits bourre-pifs (pas trop fort, l’abimez pas non plus) en lui interdisant de verser la moindre larme. Et faites-lui faire des pompes sur une seule main dès qu’il sera en âge de marcher avec en fond musical Eye of the Tiger.

Vous avez une fille ? Enfermez-la dans un rôle de mère / femme au foyer / femme de footballeur dès le plus jeune âge : inculquez-lui que l’école ne sert à rien, que les études c’est pour les garçons, que la vie ne vaut rien sans un homme, qu’il est normal qu’un homme picole trop le soir / baise sa secrétaire (avec tous les soucis qu’il a au travail), dévalisez le rayon "jouets pour filles" d’Auchan, apprenez-lui que la vie ne vaut rien sans au moins 8 enfants, érigez Nadine de Rotschild en role model et faites-la défiler dans le salon avec 3 dicos sur la tête. Le-port-de-tête, crénom !

5/ Anéantissez toute future vie sexuelle

(ce paragraphe est dédié à Lara Orsal, qui a réveillé mes plus bas instincts en me reprochant d’avoir oublié l’aspect "éducation sexuelle"… mais où avais-je la tête ?) Une vie ruinée est aussi une vie où sexe rime avec DANGER, MST et JE SUIS LAID. Punissez dès le plus jeune âge et avec une immense sévérité toute forme de masturbation.  Vous avez une petite fille qui cherche à se toucher les parties génitales dans le bain ? Coupez donc au sécateur un p’tit bout d’une de ses phalanges, elle réfléchira à deux fois avant d’y retourner. Tapez avec une petite réglette en fer sur le pénis de votre fils dès ses premières érections. Faites rimer plaisir sexuel avec souffrance. Soyez un peu créatifs !

Vous pouvez également prendre au pied de la lettre l’expression populaire "ça rend sourd", en lui faisant subir de lourds traumatismes auditifs à la moindre tentative de touchage de kiki. Techno hardcore envoyée dans un casque au volume max, torture à base de mégaphone façon Michael Youn, les possibilités sont multiples. Inculquez-lui le dégoût de son propre corps avec des petites phrases bien senties, HURLEZ-LUI DESSUS et pendez-le par les pieds pendant trois bonnes heures si jamais il vous surprend nu sous la douche. Ça devrait lui apprendre.

6/ Refourguez-lui tous vos flips

Amis phobiques, on a tendance à l’oublier mais les trouilles bleues se passent aussi aisément de mère/père en fille/fils que les gènes ! Et quoi de mieux pour démarrer salement dans la vie qu’une ribambelles de casseroles accrochées à son petit pied tout potelé ? Pour cela, il suffit de tout faire pour vous mettre en situation de vous déclencher une peur liquéfiante devant votre môme et ça ne devrait pas faire un pli : en vous voyant pleurer d’hystérie devant une petite araignée se baladant au plafond, votre gamin devrait attraper le virus de l’arachnophobie en moins de deux.

N’hésitez pas à faire de créativité, c’est un vrai boulot de refiler ses propres boulets à sa descendance : allez faire de l’accrobranche en famille si vous êtes vertigeux ("Papa, pourquoi tu veux pas lâcher ce tronc ?"), mettez-vous un doigt dans la gorge si vous êtes émétophobe, organisez une randonnée sur canasson si vous êtes hippophobe… bref, vous voyez l’idée, je suppose.

7/ Éteignez sa curiosité

Un enfant curieux est un enfant qui est susceptible d’en apprendre trop sur le monde qui l’entoure, et qui pourrait même aller jusqu’à vous reprocher votre saine méthode pour lui ruiner sa vie. Expliquez-lui que le monde de dehors est beaucoup trop dangereux pour qu’il daigne y mettre les pieds. Que la curiosité est un "vilain défaut". Qu’ailleurs dans le monde, les Chinois mangent les petits enfants et les Noirs aussi (faites-lui lire Tintin au Congo). Faites en sorte qu’il ne s’intéresse qu’à son petit pré-carré sans se préoccuper du monde qui l’entoure et vous devriez en faire une belle tête de con.

8/ Terrorisez-le

Les deux points précédents peuvent être résumés en un objectif plus global : faites-en une flippette de la vie. Qu’il ait peur de son ombre. Que cette trouille au ventre l’empêche de penser librement et lui souffle de voter FN dès le plus jeune âge, pour vivre dans une société sécurisée et aseptisée. Qu’il devienne un control freak total et une plaie pour tous les gens qui l’entourent. Si vous appliquez tous ces fantastiques conseils distillés gracieusement (c’est un plaisir), vous devriez mettre votre enfant sur des rails bien merdiques. Toutes mes félicitations, vous pourrez vous targuer d’être un VRAI parent indigne, pas comme tous ces ersatz qui se la jouent égoïstes mais qui au fond sont raides dingues de leur progéniture et souhaitent leur offrir un avenir rayonnant… Quelle idée, franchement.

8 responses to Échouer l’éducation de ses enfants

  1. 

    Je rajouterai (testé avec le gamin que je garde) : offrez lui une console portable dès ses 3 ans, puis engueulez-le quelques années après parce qu’il ne veut plus la lâcher. De la belle contradiction éducative !

  2. 

    Vraiment simpa votre blog, je l’ai trouvé grâce à un annuaire de blog. Je repasserais

  3. 

    Ho c’est ma-gni-fique.

  4. 

    Mag-ni-faïque !
    Enfin de bons conseils d’éducation, merci 1000 fois !

  5. 

    " Une vie ruinée est aussi une vie où sexe rime avec DANGER, MST et JE SUIS LAID. Punissez dès le plus jeune âge et avec une immense sévérité toute forme de masturbation. Vous avez une petite fille qui cherche à se toucher les parties génitales dans le bain ? Coupez donc au sécateur un p’tit bout d’une de ses phalanges, elle réfléchira à deux fois avant d’y retourner. Tapez avec une petite réglette en fer sur le pénis de votre fils dès ses premières érections. Faites rimer plaisir sexuel avec souffrance. Soyez un peu créatifs !"

    Mouhouhou, je sors de l’article "échouer son couple", Fab tu étais en verve! Je suis aussi fan de cet article que de l’autre.

  6. 

    Tiens, je viens de tomber là dessus, pour au contraire réussir : http://lesvendredisintellos.com/2014/06/20/comment-fonctionnent-les-enfants/

Trackbacks and Pingbacks:

  1. Rebelle, la princesse du XXIème siècle - août 2, 2012

    [...] truc : l’un des (rares) avantages d’être parent (en plus d’avoir la chance de pouvoir totalement rater leur éducation), c’est d’avoir un prétexte pour avoir des films pour mômes avec tes mômes. Et en [...]

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